Comment nous voyons la médiation scientifique

La médiation culturelle n’est pas qu’une pratique d’éducation informelle consistant à simplifier des connaissances complexes dans une perspective de sensibilisation ou d’érudition d’un public béotien. Il s’agit bien plus largement d’un ensemble de réflexions, démarches et pratiques destinées à rapprocher la connaissance spécialisée de la société, à l’appliquer aux questions socialement vives qui se font jour en son sein mais aussi à traiter d’autres questions socialement vives que cette même connaissance suscite, à favoriser la co-construction de connaissances entre spécialistes et groupes de citoyens concernés, mus par leurs propres savoirs, qu’ils soient spécialisés ou profanes.

Pratiquer la médiation culturelle, c’est exercer un véritable métier, fait de connaissances techniques et académiques certes, mais aussi et surtout de connaissances des publics, de maîtrise de la pédagogie, de compréhension des modes de production des savoirs et des conditions dans lesquelles ces derniers se diffusent et s’appliquent en société. Surtout, si pour le médiateur ou la médiatrice, la pratique de la médiation culturelle part presque toujours d’une volonté enthousiaste de partager ses propres connaissances, elle nécessite une décentration radicale pour ne pas être simplement égoïste ou prosélyte, voire condescendante et finalement contre-productive.

En ce sens l'activité de médiation nécessite l’adoption d’une démarche aussi réflexive que possible. Mais dans le cas de la science et de la technologie, il est probable que le besoin de réflexivité soit encore plus fort que dans celui de toute autre forme de médiation culturelle, à proportion même de l’impact des sciences et des technologies sur l’évolution de la société. Tout « progrès » scientifique et technologique disruptif s’accompagne en effet de bouleversements de l’ordre social, de l’émergence de controverses sociotechniques, d’effets secondaires d’ordre sanitaires ou environnementaux, voire de questions éthiques qui interrogent in fine son acceptabilité sociétale.

La médiation scientifique et technique, dans ce processus, est un acteur déterminant au sens où elle a tout autant pour mission de promouvoir les applications vertueuses des nouvelles avancées de la science que d’en interroger les éventuels effets pervers. Sans compter qu’elle tire autant sa légitimité de sa capacité à écouter les peurs et objections de ses publics qu’elle ne doit souvent ses financements à sa capacité supposée à fabriquer de l’acceptabilité sociétale, justement.

Autant de pressions et d’enjeux sur la médiatrice ou le médiateur qui peuvent avoir besoin, pour trouver la juste voie entre l’enthousiasme technoscientifique, qui les a probablement poussés dans cette voie professionnelle, et la prudence face à des publics qui ne souhaitent plus seulement apprendre et rassembler de nouvelles informations mais également comprendre pour exercer leur pouvoir de citoyens dans un monde où la science et la technologie, portées par les capitaux industriels et les intérêts politiques, flottent parfois en périphérie des dispositifs démocratiques.

En passant son projet au crible des catégories proposées par La Moulinette, la médiatrice ou le médiateur disposera d'indications précieuses concernant l’ensemble des facettes dudit projet : de ses motivations initiales aux impacts escomptés et réels, ou de la nature des publics visés aux formes de son activité en passant par la recherche de fonds.

La personne qui analysera son projet en fonction des catégories proposées sera par ailleurs mieux à même de le décrire, que ce soit dans le cadre de sa communication auprès du public, d’un éventuel employeur ou d’un producteur.

Parce que nous parlons de médiation et non de vulgarisation, il s’agit bien ici de travailler la relation que le médiateur et la médiatrice entretiennent avec le savoir, puis la relation au savoir qu’ils proposent à leurs publics.